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Il était une fois, la Bataille de Boufekrane
Un tournant historique pour la lutte revendicative de l’indépendance Le mois de septembre 1937 restera à jamais gravé dans la mémoire nationaliste du Royaume et en particulier celle de la ville de Meknès qui a été le théâtre d’un événement historique, en l’occurrence la célèbre Bataille de Boufekrane ayant opposé, dans un sursaut de bravoure, la population locale aux colons français. Ce glorieux soulèvement populaire, inscrit désormais en lettres d’or dans l’épopée de la résistance nationale, s’est déclenché en réaction à l’arrogance du colonisateur qui tentait de détourner à son profit les eaux de la rivière de Boufekrane et priver, par cet acte arbitraire, les habitants de la cité ismaïlienne d’une source d’eau courante indispensable, voire vitale, pour leurs activités économiques et sociales quotidiennes. Au-delà de son caractère local, le soulèvement de Boufekrane s’était vu entouré, dès son déclenchement, de symboles qui lui ont conféré une véritable dimension nationale. L’événement a marqué un tournant pour la lutte revendicative de l’indépendance et donné un nouveau point de départ au mouvement de la résistance anti-coloniale déclenché aussi bien dans les milieux urbains que ruraux. Les événements des 1-er et 2 septembre 1937 ont, en effet, intervenu, comme le souligne l’universitaire et chercheur feu Bouchta Bouassria dans son ouvrage «Les événements de Boufekrane», au moment où la conscience nationale marocaine avait besoin de se réaffirmer, après la répression des foyers de résistance armée dans les campagnes, et où la société coloniale pensait ne plus devoir refréner ses appétits ni sa domination. Les faits à l’origine de ce soulèvement populaire étaient liés à un arrêté viziriel émis, le 12 novembre 1936, par la résidence générale qui avait décidé le partage des eaux de l’oued Boufekrane entre les colons et la ville de Meknès. Cette décision offensante comportait une atteinte grave à la légitimité historique, du fait que ces eaux avaient un statut particulier, puisque le Sultan Moulay Ismaïl les avaient réservées, sous le régime des Habous, au profit de la population meknassie (Dahir datant de Moharram de l’année 1006 de l’Hégire). Comme si cet acte arbitraire et cette atteinte aux principes sacrés du pays ne suffisaient pas, le colonisateur a promulgué, quelques mois après (12 février 1937), un nouvel arrêté stipulant l’octroi pur et simple de seize parts en eau sur vingt-quatre aux colons français qui s’étaient accaparé les zones fertiles appartenant aux tribus Guerouane et Beni M’Teir, situées entre Meknès et El Hajeb. Face à cette injustice flagrante et en réaction à l’arrogance des autorités coloniales, les habitants de Meknès se sont mobilisés pour rejeter unanimement ces décisions. Ils ont alors entrepris un certain nombre de démarches, dont la constitution d’une commission nationale pour la défense des eaux de Boufekrane qui a adressé, le 16 juin 1937, une pétition portant près de 1500 signatures à Feu SM. Mohammed V, ainsi qu’au résident général. La réaction répressive des autorités coloniales à l’égard des membres de la commission nationale n’a pas tardé, ce qui a déclenché, le 1-er septembre 1937, une grève générale observée au niveau de toute la ville de Meknès ainsi que des manifestations pacifiques de protestation contre la privation de la population des ressources en eau de Boufekrane. L’arrestation et la condamnation à des peines de prison de cinq nationalistes pour troubles à l’ordre public ont été accueillies par le soulèvement des habitants et par des manifestations de protestation parties de la grande mosquée vers la place Lahdim et le siège du tribunal du Pacha de la ville. Les affrontements avec les forces françaises qui ont ouvert le feu sur les manifestants en faisant sortir les gros moyens de répression pour contrecarrer la volonté légitime d’une population lassée par l’injustice, ont fait près d’une vingtaine de martyrs et des centaines de blessés. Ainsi, au delà du fait qu’elle a opposé les habitants de Meknès touchés dans leur droit le plus élémentaire à la vie, symbolisé par l’eau, à l’arbitraire imposé par l’occupant, la bataille de Boufekrane porte, en elle-même, une profonde signification à verser à la longue liste des sacrifices consentis par le peuple marocain, au cours de ce siècle, pour la reconquête de sa liberté. source
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